Dernière vigie · Septembre 2026
L'état de la philanthropie au Québec.
Les grands chiffres du secteur, mis en contexte.
La philanthropie québécoise se raconte souvent en chiffres. Mais un chiffre seul ne dit rien. 12,8 milliards de dollars de dons, est-ce beaucoup ? En hausse ou en recul ? Porté par qui ? Cette page rassemble les grandes données du secteur, au Québec et au Canada, et surtout, elle les met en contexte.
Cette page ne constitue pas un rapport de plus. Il s'agit d'une synthèse d'études citées qui sont liées à leur source, jamais reproduites.
01 Économie
Le poids du secteur
Avant de parler de dons ou de bénévolat, il faut mesurer ce que représente le secteur sans but lucratif dans l'économie. La réponse surprend : il pèse plus lourd au Québec qu'ailleurs au pays.
| Secteur sans but lucratif (au sens large) | Québec | Canada |
|---|---|---|
| PIB du secteur | 59,1 G$ | 244,2 G$ |
| Part du PIB total | 10,4 % | 8,4 % |
| Revenu annuel | 93,7 G$ | 404,4 G$ |
| Emploi | 741 000 | 2,9 millions |
| Salaire annuel moyen | 51 728 $ | 54 192 $ |
Précision : le « compte satellite » est le cadre par lequel Statistique Canada isole et mesure le poids économique du secteur sans but lucratif (PIB, revenus, emploi, heures de bénévolat).
Si l'on se concentre seulement sur les organismes de bienfaisance enregistrés, ceux qui émettent des reçus, le Canada en comptait 85 360 en 2023. Fait révélateur : ces organismes tournent d'abord au financement public. En 2023, leurs revenus se répartissaient ainsi : gouvernement 64 %, autres revenus (placements, cotisations et divers) 15 %, vente de biens et services 8 %, dons donnant droit à un reçu 6 %, revenus sans reçu 4 % et transferts d'autres organismes de bienfaisance 3 %.
D'où vient l'argent des organismes de bienfaisance (Canada, 2023)
Le gouvernement fournit 64 % des revenus du secteur ; les dons donnant droit à un reçu, seulement 6 %. Source : Agence du revenu du Canada, données 2023.
Au Québec, ce financement public a une trajectoire documentée. Le soutien gouvernemental à l'action communautaire est passé de 472,6 M$ en 2000-2001 à 1 525,5 M$ en 2020-2021, et le gouvernement a engagé 1,1 milliard de dollars de plus sur 2022-2027. Un signal mérite toutefois l'attention : la part allouée au financement « à la mission globale » a reculé de 64,8 % (2006-2007) à 52,2 % (2020-2021). Plus d'argent, mais une part croissante liée à des projets ponctuels plutôt qu'au fonctionnement des organismes.
Le secteur pèse plus dans l'économie québécoise (10,4 %) que dans l'économie canadienne (8,4 %), mais ceux qui y travaillent gagnent moins qu'ailleurs.
Sources : Imagine Canada (2026), d'après Statistique Canada, réf. 2021. Organismes de bienfaisance : Agence du revenu du Canada, données 2023. Financement public : gouvernement du Québec, PAGAC 2022-2027.
02 Les dons
Qui donne, et comment ça change
C'est ici que la donnée brute trompe le plus. On entend souvent que « les Québécois donnent moins ». C'est à la fois vrai et trompeur.
| Dons des particuliers (compte satellite de Statistique Canada, 2021) | Québec | Canada |
|---|---|---|
| Valeur annuelle | 4,2 G$ | 21,0 G$ |
Attention : trois instruments mesurent « le don », et il ne faut pas les confondre. Le compte satellite ci-dessus estime la valeur totale des dons des particuliers : 4,2 G$ au Québec, soit environ un cinquième des 21,0 G$ à l'échelle canadienne. Les données fiscales, elles, ne comptent que les dons déclarés avec reçu : au Canada, un peu plus de 5 millions de déclarants ont ainsi versé 12,8 G$ en 2023, en hausse de 11,8 % sur 2022, avec un don médian de 390 $. Cette croissance est concentrée chez les revenus de 60 000 $ et plus, alors que le nombre de donateurs à faible revenu a reculé de 5,7 %.
Au Québec, l'enquête longitudinale d'Épisode (un sondage Léger mené en janvier 2026 auprès de 1 503 Québécois) éclaire ce que le fisc ne voit pas. La donnée fiscale ne capte que les dons déclarés avec reçu ; le sondage, lui, mesure le comportement déclaré, reçu ou non. Les deux ne coïncident donc jamais tout à fait, et c'est justement leur complémentarité qui est utile.
Proportion de donateurs au Québec, un rebond post-pandémie
Après le creux pandémique (46 % en 2020), la proportion de donateurs québécois est revenue à un niveau pré-pandémique. Source : Épisode, 10e édition, 2026.
La philanthropie ne s'effondre pas, elle se fragmente et s'élargit. Un mythe tombe : la générosité n'est pas l'apanage des nantis. On donne souvent, mais modestement.
Sources : Statistique Canada (fichier T1 et enquête, 2023) ; Épisode, 10e édition, 2026 (sondage Léger, 1 503 Québécois) ; Imagine Canada, réf. 2021.
03 Le bénévolat
Le bénévolat
Le bénévolat est la contribution la plus invisible du secteur, parce qu'elle n'a pas de prix affiché. Elle est pourtant colossale, et repose sur un équilibre plus fragile qu'il n'y paraît.
Chez ceux qui ne s'impliquent pas, les freins déclarés sont éclairants : le manque de temps domine (46 %), mais viennent ensuite l'absence d'occasion (18 %), le fait de ne pas avoir été invité (autour de 9 à 13 %) et de ne pas savoir comment s'impliquer (11 %).
À l'inverse, qu'est-ce qui pousse les bénévoles à s'engager ? D'abord le plaisir et l'intérêt pour une activité ou une cause qui leur tient à cœur (près de quatre bénévoles sur dix), puis la volonté de réaliser un projet social ou une cause citoyenne (23 %) et le désir de socialiser et de développer un sentiment d'appartenance (22 %). Le devoir ou l'obligation arrive loin derrière (autour de 12 %). On s'engage donc d'abord par goût et par conviction, bien plus que par contrainte.
Le bénévolat tient sur un noyau composé d'une minorité de bénévoles qui assure l'essentiel des heures, ce qui le rend puissant mais vulnérable. Et parmi les personnes qui ne s'impliquent pas, au-delà du temps, beaucoup invoquent simplement de ne pas avoir été invitées ou de ne pas savoir par où commencer. Le frein est souvent l'occasion et l'information, pas le refus. C'est un levier d'action direct pour les organismes, d'autant que le bénévolat agit aussi comme une porte d'intégration socioprofessionnelle.
Sources : RABQ, Portrait des bénévoles et du bénévolat au Québec 2025 (Léger). Volume total : Statistique Canada, réf. 2021. Données québécoises, non comparables ligne à ligne avec StatCan.
04 La relève
La relève : les philanthropes qui s'ignorent
Que pense la prochaine génération de la philanthropie ? Un sondage récent auprès des Québécois de 18 à 40 ans révèle un décalage frappant entre ce qu'ils font et la façon dont ils se perçoivent.
Les causes prioritaires des 18-40 ans tracent un portrait générationnel. Les enfants vulnérables (38 %) et la santé mentale (34 %) devancent l'éducation (26 %) et la recherche médicale (25 %). Voir la santé mentale au deuxième rang en dit long sur leur réalité. Leurs valeurs de référence sont le respect (67 %), la justice (35 %) et l'humanité (34 %). Et ils sont clairs sur les leviers : 86 % estiment que la philanthropie et l'engagement social devraient être intégrés au programme scolaire, alors que 53 % en ont entendu parler à l'école d'abord.
La relève ne manque pas de générosité, elle manque de mots pour la nommer. La moitié croient la philanthropie réservée aux mieux établis, et deux tiers jugent leurs gestes trop petits. Des perceptions à déconstruire.
Source : Léger et Institut Mallet, La relève en philanthropie au Québec, 2025 (1 000 répondants). Données québécoises.
05 La gouvernance
La gouvernance du secteur
On parle rarement de la santé des conseils d'administration qui pilotent le secteur. C'est pourtant là que se jouent la vigilance, la diversité et la capacité à traverser les crises. Et sur ce terrain, les OBNL réservent une surprise.
| Composition des conseils (Québec, 2026) | OBNL | Ensemble des CA |
|---|---|---|
| Sièges occupés par des femmes | 54,8 % | 42,8 % |
| Groupes historiquement marginalisés | 12,2 % | 9 % |
| Direction générale au vote | 16,1 % | 43,9 % |
Les conseils d'OBNL, plus paritaires et plus diversifiés
En pourcentage des sièges. Source : Collège des administrateurs de sociétés et Université Laval, 2026.
À l'échelle de tous les conseils québécois, deux angles morts ressortent : environ un organisme sur trois n'a aucun plan de gestion de crise ou de continuité, et 34 % des conseils ne mènent aucune évaluation formelle de leur efficacité.
Un angle mort précis illustre cette faiblesse : la planification de la relève des dirigeants. Une étude nationale de 2024 auprès de 188 organismes révèle que 39 % des directions générales et 74 % des présidences de conseil songent à quitter d'ici trois ans, mais que 83 % des organismes n'ont aucun plan pour un départ planifié de leur direction générale et 81 % des conseils n'exigent aucun préavis avant le départ d'une présidence. Or seuls 5 % des organismes anticipent qu'un départ de leur direction générale n'aurait aucun impact sur leur stabilité. La continuité du leadership reste largement improvisée.
Contre l'idée reçue d'un secteur « amateur » en gouvernance, les conseils d'OBNL sont les plus paritaires (54,8 % de femmes contre 42,8 %) et les plus diversifiés (12,2 % contre 9 %). Le vrai bémol est ailleurs. Il se situe dans la préparation aux crises et l'autoévaluation.
Sources : Collège des administrateurs de sociétés et Université Laval, Gouvernance au Québec 2026 (1 104 CA). Continuité du leadership : BNP Inspire, Planification de la relève, 2024 (188 organismes au Canada).
06 La main-d'oeuvre
Celles et ceux qui font le travail
Derrière les milliards et les heures, il y a une main-d'oeuvre. Son profil éclaire une tension bien connue du secteur, soit que les salaires les plus bas se trouvent souvent là où la mission sociale est la plus lourde.
| Profil du personnel des OBNL (2021) | Québec | Canada |
|---|---|---|
| Femmes+ | 70,8 % | 70,3 % |
| Minorité visible | 17,9 % | 28,4 % |
| Personnes nées à l'international | 19,7 % | 26,6 % |
| Salaire moyen, OBNL communautaires | 39 278 $ | 43 020 $ |
| Salaire moyen, OBNL publics | 56 072 $ | 58 179 $ |
Les proportions (Femmes+, minorité visible, personnes nées à l'international) portent sur l'ensemble du personnel des OBNL ; les salaires moyens, eux, sont ventilés selon le type d'OBNL (communautaires ou publics).
Le secteur est massivement féminisé : sept personnes sur dix y sont des femmes+. Les salaires les plus bas se concentrent dans les OBNL communautaires (39 278 $), là où se joue le plus directement la mission sociale. C'est cette réalité qui a inspiré la Charte.
Source : Imagine Canada, d'après Statistique Canada, Compte satellite (démographie et salaires), réf. 2021. « Femmes+ » : femmes (cis et trans) et une partie des personnes non binaires (Statistique Canada).
07 Confiance
La confiance et la perception
Un secteur peut peser lourd dans l'économie et rester mal compris. Que pense vraiment la population des organismes de bienfaisance et des OBNL ? Les données récentes dessinent un paradoxe : une haute estime, doublée d'une méconnaissance de leur portée réelle.
Ce qui compte quand on décide de soutenir un organisme (Canada, 2025)
La cause et l'impact priment ; les frais administratifs pèsent bien moins que le secteur ne le croit. Source : Imagine Canada, 2025.
Ces perceptions coexistent avec des mesures de confiance qui ne disent pas toutes la même chose. Le baromètre Edelman 2026 situe la confiance envers « les ONG » au Canada à 54 %, tandis que l'AFP (2021) plaçait « le secteur caritatif » à 84 %, devant le privé (68 %) et le public (65 %). Trois questions différentes, trois chiffres différents.
Le secteur est aimé, mais mal connu, et c'est là que se joue sa vulnérabilité. La population juge ses services essentiels, mais moins d'une personne sur deux connaît un bénéficiaire direct. Le mythe des frais de gestion s'effrite. La confiance se gagne moins par les ratios que par la démonstration de l'impact.
Sources : Imagine Canada (2025) ; Baromètre Edelman 2026 ; AFP, Ce que veulent les donateurs canadiens, 2021.
Transparence
Sources et méthode
Cette page synthétise des données publiques et des enquêtes sectorielles, chacune datée à son année de référence. Les études demeurent la propriété de leurs auteurs et sont liées à leur source d'origine, jamais reproduites.
- AFP : Ce que veulent les donateurs canadiens, 2021.
- Agence du revenu du Canada : Rapport sur le Programme des organismes de bienfaisance 2024-2025 (données 2023).
- BNP Inspire : Planification de la relève, 2024.
- Collège des administrateurs de sociétés et Université Laval : Gouvernance au Québec : portrait et perspectives 2026.
- Edelman : Baromètre de confiance Edelman 2026 (volet Canada).
- Épisode : Tendances en philanthropie au Québec, 10e édition, 2026 (sondage Léger).
- Gouvernement du Québec : Plan d'action gouvernemental en matière d'action communautaire 2022-2027.
- Imagine Canada : Aperçu du secteur des OBNL, Québec et Canada, 2026 (calculs d'après Statistique Canada).
- Imagine Canada (perceptions) : Perceptions de la population canadienne à l'égard des organismes de bienfaisance et à but non lucratif, 2025.
- Léger et Institut Mallet : La relève en philanthropie au Québec, 2025.
- Réseau de l'action bénévole du Québec : Portrait des bénévoles et du bénévolat au Québec 2025.
- Statistique Canada : Compte satellite des institutions sans but lucratif et du bénévolat (réf. 2021) ; fichier fiscal T1 et Enquête sur les dons, le bénévolat et la participation (2023). Le Quotidien
Note de méthode : « 2026 » est souvent l'année de parution d'un rapport, pas celle des données qu'il contient. Chaque chiffre de cette page est donc affiché avec son année de référence réelle. Certaines comparaisons Québec-Canada ne sont pas disponibles : dans ces cas, la donnée est présentée seule, sans comparatif forcé. Enfin, le « compte satellite » désigne le cadre statistique par lequel Statistique Canada mesure le poids économique du secteur sans but lucratif (PIB, revenus, emploi, bénévolat), distinct des comptes économiques habituels.