Ressources · Pour les donateurs

Comment être un bon donateur 101.

Être avisé sans être naïf, puis savoir quand relâcher la vigilance.

L'essentiel en quatre phrases

  1. Choisissez avec soin, mais ne devenez pas un auditeur de plus.
  2. Ensuite, faites confiance. Un organisme bien choisi mérite qu'on le laisse faire son travail.
  3. Méfiez-vous des ratios. Un faible pourcentage de frais d'administration ne dit presque rien de la qualité d'un organisme.
  4. Ne vous réveillez que devant un vrai signal, comme la pression, le flou ou le refus de répondre à une question simple.

Le dentiste et l'organisme

Vous avez choisi votre dentiste avec soin. Vous avez demandé autour de vous, vous avez vu la clinique, vous savez qu'il relève d'un ordre professionnel. Puis, un matin, votre dentiste vous dit « On fait l'OB sur la 37 ». Vous ne demandez pas une deuxième opinion, ni de voir la radiographie, ni le prix de la résine au gramme.

Ce n'est pas de la naïveté. La vérification a eu lieu en amont, et la relation vous permet de poser une question si quelque chose vous semble étrange. Vous gardez votre jugement, mais vous faites... confiance!

La confiance n'est pas l'absence de jugement. C'est un jugement qui a déjà fait son travail.

Mon point de vue. La confiance est ce qui permet à un organisme de bien faire son travail. Certains donateurs font exactement l'inverse. Ils vérifient à peine avant de donner, puis veulent tout contrôler après. Cette posture épuise les équipes, qui passent leur temps à justifier plutôt qu'à agir, et elle protège moins qu'on le croit. Un bon donateur choisit avec soin, puis fait confiance.

Une analogie imparfaite, mais des repères existent

Le secteur philanthropique n'a pas d'ordre professionnel unique comme celui des dentistes. Il offre toutefois plusieurs sceaux de confiance. Aucun n'est une garantie, mais chacun est un signal que vous pouvez consulter, si le cœur vous en dit.

  • Le statut d'organisme de bienfaisance enregistré. L'organisme est enregistré auprès de l'Agence du revenu du Canada et dépose chaque année une déclaration (T3010) accessible au public. Vérifier un organisme →
  • L'accréditation Imagine Canada. Un programme de normes volontaire, évalué par les pairs, qui porte entre autres sur la gouvernance, la gestion financière et la transparence. En savoir plus →
  • Les professionnels certifiés CFRE. Une certification internationale qui exige de la formation, de l'expérience et le respect d'un code d'éthique. Voir le site de CFRE →
  • Les membres d'une association comme l'AFP. Les membres s'engagent à respecter un code de déontologie, qui prévoit entre autres la protection des renseignements des donateurs et l'interdiction d'être rémunéré à pourcentage des fonds amassés. Code de déontologie d'AFP Québec →

La vigilance utile

Voici un parcours simple. Selon votre degré de confiance, il peut prendre une minute ou dix, et rien ne demande d'être comptable.

  1. Est-il enregistré?Si vous voulez un reçu fiscal, l'organisme doit être un organisme de bienfaisance enregistré. Vérifiez son nom légal et son numéro d'enregistrement, ce qui prend une minute.
  2. Savez-vous à qui et pour quelle mission vous donnez?C'est la base. Si la cause vous touche et que vous comprenez ce que l'organisme cherche à changer, vous avez l'essentiel.
  3. Faites-vous confiance à l'organisme?C'est la question qui compte le plus. Si oui, passez directement à l'étape 5. Si non, ou si vous hésitez, passez à l'étape 4.
  4. Faites vos devoirs si vous en ressentez le besoinPremier don, organisme que vous ne connaissez pas, doute, simple instinct. C'est correct, et c'est le moment de le faire. Demandez autour de vous, lisez le rapport annuel, voyez si l'information est facile à trouver et si l'organisme se montre transparent.
  5. Faites votre don, sentez-vous bien et...P.-S. Merci! ;)

Les frais d'administration, ou le piège du classement

Ce n'est pas d'hier que je recommande de donner une importance relative aux indices de performance des organismes, surtout ceux qui récompensent les frais d'administration les plus bas. Je le défendais déjà dans mon article de 2021. Ce réflexe pousse les organismes à rogner sur l'essentiel, et la pandémie a montré que plusieurs étaient mal préparés à affronter une crise.

Tout comme l'activiste états-unien Dan Pallotta, que je respecte grandement, je crois qu'exiger des frais minimaux empêche les organismes d'être concurrentiels et d'innover.

Ce que disent vraiment les ratios →

Un bon donateur accepte que l'organisme grandisse

Donner à une mission, c'est aussi accepter que l'organisme investisse pour mieux la servir, notamment en marketing et en recrutement, afin de joindre plus de gens et d'avoir plus d'impact. Un organisme qui n'ose jamais finit par aider moins de monde.

C'est pourquoi le don non affecté, aussi appelé don à la mission, est le geste de confiance le plus concret. Il laisse l'organisme décider où le besoin est le plus grand, y compris pour son fonctionnement et ses imprévus.

Don non affecté, au lexique →   Don à la mission, au lexique →

Les bonnes questions et les vrais signaux d'alerte

Faire confiance ne veut pas dire se taire. Un bon organisme est heureux de répondre aux questions de ses donateurs, et il le fait sans se sentir attaqué. Les questions ci-dessous sont normales, et elles construisent la relation. Les signaux, eux, méritent que vous suspendiez votre don.

Des questions tout à fait légitimes

  • Qu'est-ce qui vous motive dans ce travail, et qu'est-ce qui vous rend fiers?
  • Puis-je donner sans restriction, ou mon don doit-il aller à un projet précis?
  • Comment puis-je vous aider autrement, par exemple comme bénévole, ambassadeur ou en vous présentant des gens?
  • Comment protégez-vous mes renseignements, et puis-je donner de façon anonyme?
  • Puis-je choisir comment et à quelle fréquence vous me sollicitez?

Des signaux qui justifient de se méfier

  • On vous presse de donner tout de suite, sous peine de manquer l'occasion.
  • On vous promet un reçu fiscal, mais l'organisme refuse de donner son numéro d'enregistrement, n'apparaît pas comme organisme de bienfaisance enregistré, ou son statut de bienfaisance est révoqué.
  • La plateforme de paiement vous semble étrange ou peu sécuritaire.
  • Vos questions simples restent sans réponse ou provoquent de l'irritation.

Attention. Un OBNL peut aussi recevoir des dons, ne pas avoir de statut de bienfaisance, ne pas pouvoir émettre de reçu et être tout à fait légitime. L'absence de reçu n'est un signal que lorsqu'on vous en a promis un.

En cas de doute, joignez l'organisme par les coordonnées de son site officiel, jamais par celles que contient un message reçu.

Après le don, faire confiance

Une fois le choix fait, la vigilance cède la place à la confiance. C'est la partie que l'on oublie le plus souvent. Concrètement, un bon donateur fait ceci.

  • Laisse l'organisme décider. L'équipe connaît le terrain et prend chaque jour des décisions que vous ne voyez pas.
  • Pose ses questions une fois par année, pas chaque semaine. Un rapport annuel et un appel suffisent. Revenez vérifier de plus près seulement si un signal d'alerte apparaît.
  • Accepte les imperfections. Un projet peut prendre plus de temps que prévu, être reporté ou même être annulé. Voulez-vous qu'on parle du troisième lien de Québec? Que ce soit dans le public ou dans le privé, ça arrive. Une bonne équipe vous le dira, et c'est bon signe.
  • Reste fidèle quand c'est possible. Un donateur qui revient année après année permet à l'équipe de planifier et de viser plus loin.

Écoutez ce que vous ressentez en donnant

À la fin, la meilleure vérification est la plus simple. Si vous êtes satisfait en donnant, c'est que votre don est bien aligné avec ce qui compte pour vous. Si vous vous sentez pressé, mal à l'aise ou obligé, reconsidérez. Le don parfait repose sur une relation transparente et durable, fondée sur la confiance.

Un bon don laisse en paix.

Les ressources du site et mes textes

Ce texte offre des repères généraux aux donateurs. Il ne remplace pas un avis fiscal ou juridique, et la vérification d'un organisme demeure votre responsabilité.