Pour les donateurs · déclarations T3010 2024

Les frais d'administration, parlons-en

Un organisme qui dépense peu pour lui-même n'est pas forcément un bon organisme. Voici ce que disent les chiffres, et les questions qui comptent vraiment avant de donner.

Le point de départ

Le mythe du bas coût

« Quel pourcentage de mon don va vraiment à la cause? » La question semble raisonnable. C'est souvent la première que posent les donateurs, et certains classements d'organismes reposent presque entièrement sur elle.

Le problème, c'est ce qu'on range dans les frais d'administration. La comptabilité, la vérification des états financiers, les systèmes informatiques, les ressources humaines, la gouvernance, les assurances et le loyer en font partie. Autrement dit, tout ce qui rend un organisme fiable, capable de rendre des comptes et de garder son monde.

Un organisme qui coupe là-dedans pour afficher un beau ratio ne devient pas plus efficace. Il devient plus fragile. Ses équipes s'épuisent, ses systèmes vieillissent et il finit par moins bien servir la cause que vous vouliez soutenir. J'en parlais dans ma chronique « Philanthropie : sacrez-nous patience avec les frais administratifs ! » dans Les Affaires.

"What percentage of my gift actually goes to the cause?" The question sounds reasonable. It is often the first one donors ask, and some charity rankings rely almost entirely on it.

The problem is what counts as overhead. Accounting, financial audits, IT systems, human resources, governance, insurance and rent are all part of it. In other words, everything that makes a charity reliable, accountable and able to keep its people.

A charity that cuts these costs to show a nice ratio does not become more efficient. It becomes more fragile. Its staff burn out, its systems age and it ends up serving the cause you wanted to support less well. I wrote about this in my Les Affaires column « Philanthropie : sacrez-nous patience avec les frais administratifs ! » (in French).

Les données

Ce que déclarent vraiment les organismes

Les organismes de bienfaisance déclarent chaque année à l'Agence du revenu du Canada combien ils consacrent à la gestion et à l'administration, et combien à la collecte de fonds. Voici ce que montrent les déclarations 2024.

Part des dépenses consacrée à l'administration, selon la taille de l'organisme

Le point indique la médiane. La barre couvre la moitié des organismes, du 1er au 3e quartile. Taille selon les revenus totaux.

Combien d'organismes déclarent quelle part d'administration

Nombre d'organismes par tranche de 2,5 points de pourcentage. La dernière barre regroupe 50 % et plus.

0 %25 %50 % et +

Ce que ça veut dire

La première barre du graphique saute aux yeux. Des milliers d'organismes déclarent zéro dollar en administration. Ce n'est pas crédible. Quelqu'un tient les livres, prépare la déclaration et convoque le conseil d'administration. Ces coûts existent, mais ils sont absorbés par des bénévoles, glissés dans les programmes ou simplement pas comptés.

C'est encore plus frappant pour la collecte de fonds. Parmi les organismes qui tirent au moins 10 % de leurs revenus de dons, une large majorité déclare n'avoir rien dépensé pour les obtenir. Personne ne collecte des dons sans y consacrer du temps ou de l'argent.

Autrement dit, les ratios les plus bas ne sont pas toujours les plus vertueux. Ils sont souvent les moins complets.

What it means

The first bar of the chart stands out. Thousands of charities report zero dollars in administration. That is not credible. Someone keeps the books, prepares the return and calls board meetings. These costs exist, but they are absorbed by volunteers, tucked into programs or simply not counted.

It is even more striking for fundraising. Among charities that get at least 10% of their revenue from donations, a large majority report spending nothing to raise it. Nobody raises donations without investing time or money.

In other words, the lowest ratios are not always the most virtuous. They are often the least complete.

Le mécanisme

Le cercle vicieux de la famine

Des chercheurs ont donné un nom à ce phénomène en 2009. Il se déroule en quatre temps, et chacun renforce le suivant.

  1. Des attentes irréalistesDonateurs et bailleurs de fonds s'attendent à des frais très bas et récompensent les ratios les plus faibles.
  2. Des organismes qui se priventPour répondre à ces attentes, les organismes sous-investissent dans leurs systèmes, leurs équipes et leur gestion.
  3. Des chiffres qui trompentIls déclarent moins que leurs coûts réels. Les ratios publiés paraissent bas, ce qui confirme les attentes de départ.
  4. Des organismes fragilisésRoulement, épuisement, outils désuets. L'organisme sert moins bien sa cause, et le cycle recommence.

L'expression vient d'Ann Goggins Gregory et Don Howard, dans la Stanford Social Innovation Review. En 2013, trois grands évaluateurs d'organismes américains, GuideStar, Charity Navigator et le BBB Wise Giving Alliance, ont même publié une lettre ouverte aux donateurs pour leur demander de cesser de juger les organismes sur ce seul ratio. Au Canada, Imagine Canada documente aussi le poids des pratiques de financement qui refusent de couvrir les coûts de fonctionnement, notamment dans son rapport The Hidden Cost of Funding.

The term comes from Ann Goggins Gregory and Don Howard, in the Stanford Social Innovation Review. In 2013, three major US charity evaluators, GuideStar, Charity Navigator and the BBB Wise Giving Alliance, even published an open letter asking donors to stop judging charities on this ratio alone. In Canada, Imagine Canada also documents the burden of funding practices that refuse to cover operating costs, notably in its report The Hidden Cost of Funding.

La règle

Ce que l'ARC dit vraiment

Beaucoup de gens croient qu'il existe un plafond légal pour les frais d'administration. Il n'y en a pas. L'Agence du revenu du Canada demande seulement que les ressources servent aux fins de bienfaisance de l'organisme et que les dépenses soient raisonnables.

Pour la collecte de fonds, l'ARC utilise un repère. Elle divise les frais de collecte de fonds par les revenus qu'ils ont permis d'amasser, soit les dons avec reçus et les autres revenus de collecte. Sous 35 %, un organisme a peu de chances de soulever des questions. À partir de 35 %, l'ARC regarde l'évolution sur plusieurs années. Au-delà de 70 %, l'organisme devra expliquer ses dépenses. Pour les petits organismes, dont les revenus sont inférieurs à 100 000 $, l'ARC tient compte de leur contexte plutôt que d'appliquer ces seuils à la lettre.

Même à l'ARC, un ratio est donc un signal à examiner, jamais un verdict. Les détails se trouvent dans son orientation Activités de financement des organismes de bienfaisance enregistrés.

Many people believe there is a legal cap on overhead. There is none. The Canada Revenue Agency only requires that resources be used for the charity's charitable purposes and that expenses be reasonable.

For fundraising, the CRA uses a benchmark. It divides fundraising expenses by the revenue they brought in, that is receipted donations and other fundraising revenue. Below 35%, a charity is unlikely to raise questions. From 35%, the CRA looks at the trend over several years. Above 70%, the charity will have to explain its spending. For small charities with revenue under $100,000, the CRA considers their context rather than applying these thresholds strictly.

So even at the CRA, a ratio is a signal to look into, never a verdict. The details are in its guidance Fundraising by registered charities.

Pour mieux donner

Les questions qui comptent davantage

Plutôt que de demander combien va à la cause, posez des questions qui disent si l'organisme fait bien son travail.

Que cherche-t-il à changer?Et comment sait-il qu'il y arrive? Un bon organisme peut expliquer ses résultats simplement.
Est-il solide financièrement?Des revenus variés et quelques mois de réserves le protègent contre les imprévus.
Sa gouvernance est-elle active?Un conseil d'administration engagé et des états financiers accessibles sont de bons signes.
Garde-t-il son monde?Un roulement élevé coûte cher et nuit à la mission. Une équipe stable est un investissement.
Est-il transparent?Parle-t-il aussi de ce qui ne fonctionne pas? C'est souvent plus révélateur que les succès.
Pouvez-vous l'aider à durer?Un don mensuel ou non affecté lui laisse la latitude de payer ce qui fait vraiment tourner la machine.

Et un organisme en particulier? Le vérificateur affiche ses revenus, ses dépenses et ses ratios, avec des repères pour les organismes de même taille.

Vérifier un organisme →

Transparence

Sources et méthode

Les données proviennent des déclarations T3010 de 2024, publiées en données ouvertes par l'Agence du revenu du Canada. L'analyse porte sur les œuvres de bienfaisance (désignation C) et sur les fondations publiques (désignation A), comme les fondations d'hôpitaux ou d'universités, qui reçoivent une grande part des dons du public. Les fondations privées sont exclues.

Seuls les organismes qui remplissent l'annexe 6 détaillée sont retenus. Les plus petits utilisent une section simplifiée qui ne distingue pas l'administration de la collecte de fonds. La part d'administration correspond à la ligne 5010 divisée par le total des dépenses (ligne 5100). La part de collecte de fonds utilise la ligne 5020. Le ratio de l'ARC divise la ligne 5020 par la somme des lignes 4500 et 4630, calculé seulement pour les organismes qui déclarent des frais de collecte. Les organismes qui dépendent des dons sont ceux dont les dons avec reçus représentent au moins 10 % des revenus. La taille est établie selon les revenus totaux (ligne 4700).

Le réseau public est retiré de l'analyse. Les hôpitaux, les CISSS et CIUSSS, les cégeps, les universités et les centres de services scolaires sont enregistrés comme organismes de bienfaisance, mais leur structure de coûts n'a rien à voir avec celle d'un organisme communautaire. Leurs fondations, elles, restent dans les données. Certaines universités collectent leurs dons directement, sans fondation distincte ; leurs frais de collecte ne sont donc pas représentés ici.

Ces chiffres sont déclarés par les organismes eux-mêmes, et les façons de répartir les coûts varient beaucoup d'un organisme à l'autre.

The data comes from the 2024 T3010 returns, published as open data by the Canada Revenue Agency. The analysis covers charitable organizations (designation C) and public foundations (designation A), such as hospital or university foundations, which receive a large share of public donations. Private foundations are excluded.

Only charities that complete the detailed Schedule 6 are included. The smallest ones use a simplified section that does not separate administration from fundraising. The administration share is line 5010 divided by total expenditures (line 5100). The fundraising share uses line 5020. The CRA ratio divides line 5020 by the sum of lines 4500 and 4630, calculated only for charities that report fundraising costs. Donation-reliant charities are those whose receipted donations make up at least 10% of revenue. Size is based on total revenue (line 4700).

The public network is removed from the analysis. Hospitals, health and social services centres, CEGEPs, universities and school service centres are registered as charities, but their cost structure has nothing in common with that of a community organization. Their foundations remain in the data. Some universities raise donations directly, without a separate foundation, so their fundraising costs are not represented here.

These figures are self-reported, and cost allocation practices vary widely from one charity to another.