Outil gratuit · Gouvernance et évaluation

Théorie du changement.

Un guide, des trousses de travail et des registres pour expliquer, avec les personnes concernées, comment votre programme pourrait contribuer à un changement, et ce qu’il reste à vérifier. Un profil de quelques minutes, puis deux fichiers personnalisés, en français, en anglais ou dans les deux langues.

De quoi parle-t-on?

Une théorie du changement explique comment ce que vous faites pourrait contribuer à un changement dans la vie des personnes que vous servez, et dans quelles conditions. Elle répond à une question simple. Pourquoi croyons-nous que nos actions pourraient mener au changement que nous visons?

Ce n’est ni un schéma décoratif, ni une promesse, ni une preuve. C’est une hypothèse de travail, écrite, discutée avec les personnes concernées et révisée à mesure que l’on apprend. Elle aide un OBNL ou un OBE à relier sa mission à des étapes observables, à choisir ce qu’il mesure et à parler aux bailleurs de fonds sans surpromettre.

Ce que cette page ne fait pasElle ne rédige pas votre théorie du changement et ne fabrique ni constat, ni cible, ni résultat. Elle structure la démarche et laisse vos données, vos consultations et vos décisions faire le contenu. Une théorie approuvée n’est jamais une preuve d’efficacité.

Cinq mots à bien distinguer

MotCe qu’il désigneExemple fictif
ProblèmeLa situation à changerInsécurité alimentaire de ménages à faible revenu
ActivitéCe que l’équipe faitDistribution alimentaire et accompagnement
ExtrantCe qui est livré ou produit immédiatementNombre de paniers remis
RésultatUn changement dans les connaissances, les pratiques ou la situation des personnesAccès plus digne, avec plus de choix
ImpactUne transformation durable, à plus longue portéeUne sécurité alimentaire plus stable et digne

À quoi ça sert, concrètement?

La question est légitime. Une théorie du changement ne produit aucun résultat à elle seule. Elle sert à prendre de meilleures décisions, plus tôt, avec les bonnes personnes autour de la table.

Repérer le maillon fragile avant d’investir

En écrivant pourquoi un panier devrait améliorer la sécurité alimentaire, une équipe découvre parfois que le point faible est ailleurs, par exemple dans l’accueil ou dans le choix des produits. Mieux vaut le savoir avant de s’engager pour trois ans.

Décider ce qui mérite d’être mesuré

Compter les paniers est facile, mais cela ne dit rien du changement. La théorie désigne les deux ou trois résultats qui diront vraiment si l’accès devient plus digne et plus stable.

Parler au conseil et aux bailleurs sans surpromettre

Vous pouvez dire ce que vous savez, ce que vous croyez et ce que vous cherchez à vérifier. Les bailleurs expérimentés apprécient cette franchise, et elle protège votre crédibilité.

Mettre tout le monde sur le même changement

Équipe, bénévoles, conseil et partenaires découvrent souvent qu’ils ne visent pas le même but. Une demi-journée de conversation évite des malentendus qui durent des années.

Donner une voix aux personnes concernées

Un ménage dira peut-être que ce qui compte est de choisir ses produits et d’être accueilli sans questions humiliantes, plus que de recevoir davantage de nourriture. Sans cette voix, la théorie reflète surtout les croyances de l’équipe.

Ce que l’exercice ne donne pas. Il ne prouve pas que votre programme fonctionne, ne remplace pas une évaluation et ne produit aucun chiffre. Un premier brouillon honnête se fait en 90 minutes. Une version solide demande quelques semaines, par petites étapes.

Le moment le plus utile se présente lors du lancement d’un programme, d’un renouvellement de financement, d’une demande à un bailleur, d’un changement de direction ou de résultats décevants. Si votre programme est stable, bien compris et bien financé, une version courte suffit.

Un exemple fictif

Une banque alimentaire fictive, Le Garde-Manger du Coin, veut passer de la remise de paniers à un accès plus digne et plus stable. Ni l’organisme ni le programme n’existent. L’exemple montre comment les éléments d’une théorie s’enchaînent.

SituationMénages à faible revenu qui peinent à se nourrir de façon stable et digne
ActivitéDistribution alimentaire avec accueil sans jugement et choix des produits
ExtrantPaniers remis et ménages accueillis
Résultat à court termeAccès vécu comme digne, avec plus de choix
Résultat intermédiaireMoins de stress et de recours d’urgence, meilleure planification des repas
ImpactUne sécurité alimentaire plus stable et digne
Point de départ
Ce que l’organisme fait et contrôle en grande partie
Ce que l’on espère voir changer, où l’on peut seulement contribuer
Activité vers résultat à court termeUn accueil respectueux et la possibilité de choisir favorisent potentiellement un sentiment de dignité. C’est le mécanisme proposé.
Résultat à court terme vers résultat intermédiaireUne expérience digne doit mener à moins de recours d’urgence, ce qui dépend aussi du revenu et des prix. Ce sont des hypothèses.
Résultat intermédiaire vers impactDépend surtout du revenu, du prix des aliments et du logement, que l’organisme ne contrôle pas.
Condition (hypothèse)Approvisionnements réguliers et accueil réellement sans jugement
ContexteRevenu, prix, logement, transport, autres aides
De gauche à droite, on lit « si cela se produit, alors cela peut mener à ». Les trois pastilles numérotées expliquent pourquoi chaque passage pourrait se produire. Aucune flèche n’est une causalité déjà prouvée.
Voir le même exemple sous forme de tableau
ÉlémentFormulation illustrative
SituationMénages à faible revenu qui peinent à se nourrir de façon stable et digne
ActivitéDistribution alimentaire avec accueil sans jugement et choix des produits
ExtrantPaniers remis et ménages accueillis
Résultat à court termeAccès vécu comme digne, avec plus de choix
Résultat intermédiaireMoins de stress et de recours d’urgence, meilleure planification des repas
ImpactUne sécurité alimentaire plus stable et digne
Condition (hypothèse)Approvisionnements réguliers et accueil réellement sans jugement
ContexteRevenu, prix, logement, transport, autres aides
Ce que l’exercice a changé, dans cet exempleAu départ, l’équipe se fixe comme but de remettre plus de paniers. En écrivant sa théorie et en écoutant des ménages, elle constate que le nombre de paniers ne dit rien de la dignité ni de la stabilité. Elle choisit alors de suivre l’expérience d’accès et la fréquence des manques de nourriture, et d’offrir le choix des produits à l’accueil. Sans l’exercice, elle aurait continué à compter des paniers.

Ce que vous obtenez

Deux fichiers personnalisés, pré-remplis avec le nom de votre organisme, votre logo, votre programme et vos dates. Seul ce que vous choisissez de saisir à l’étape de la chaîne provisoire y est reporté.

Un document Word

Le guide pratique, les trousses de travail (construire, consulter, mesurer), le document de référence de votre programme à compléter, un lexique et les sources.

Un classeur Excel

Huit onglets simples pour écrire votre théorie, ses liens, ses hypothèses, ses risques et vos indicateurs. Tout se choisit dans des listes, et la dernière colonne de chaque onglet vous dit ce qu’il reste à compléter.

Tout se passe dans votre navigateur. Vos réponses et votre logo ne sont envoyés à aucun serveur, et aucune intelligence artificielle n’intervient. N’inscrivez aucun renseignement personnel sur des personnes desservies. Le résultat est un point de départ. Les textes anglais sont une adaptation d’un document rédigé d’abord en français. Une révision linguistique pourrait être pertinente.

Créez vos fichiers personnalisés

Répondez à quelques questions, en cinq courtes étapes. Seuls les champs marqués « requis » sont obligatoires, et l’étape sur la chaîne provisoire est facultative. À la dernière étape, un bouton produit vos deux fichiers et vous les télécharge, séparément ou en un seul fichier ZIP. Vos réponses restent sur votre appareil.

Votre profil complété 0 %

Pour approfondir

Rien de ce qui suit n’est obligatoire. Ouvrez seulement ce qui vous est utile. Tout se retrouve aussi dans le document Word.

Contribution plutôt qu’attribution

Presque tous les résultats sociaux dépendent de plusieurs facteurs, dont d’autres organismes, les politiques publiques et les personnes elles-mêmes. Une théorie honnête dit « nous pensons contribuer à » et nomme ce qui pourrait aussi expliquer le résultat.

Décrire sans extrapoler

Un résultat observé se décrit avec sa période, sa source, son effectif et son dénominateur. On nomme les limites et les données manquantes.

Chercher d’autres explications

On se demande ce qui, d’autre que le programme, pourrait expliquer le même résultat, et on documente la contribution des partenaires.

Éviter l’attribution exclusive

Tant qu’aucune méthode adaptée ne permet de l’étayer, on ne dit pas que le résultat est dû uniquement à notre action. On parle de contribution.

Les qualités d’une bonne théorie

Plausible

Une personne qui connaît bien le terrain trouve les liens crédibles.

Réalisable

Les ressources, le temps et les partenaires nécessaires sont réellement disponibles.

Vérifiable

On pourrait observer, avec des moyens réalistes, si les choses se passent comme prévu.

Partagée et honnête

Les personnes concernées l’ont corrigée. Les désaccords et les inconnues restent visibles.

Quand une évaluation spécialisée est préférable
  • Votre théorie comporte de nombreux systèmes interdépendants.
  • Des enjeux majeurs de sécurité ou de droits des personnes sont en cause.
  • Les données manipulées sont hautement sensibles.
  • Un bailleur ou une décision majeure exige une preuve causale robuste.

Une évaluation spécialisée est alors recommandée. La théorie peut aussi comporter plusieurs branches, des boucles ou des rétroactions. Ne la forcez pas à devenir une ligne droite.

Théorie du changement, modèle logique et autres outils
OutilCe qu’il fait, et ce qu’il ne fait pas
Modèle logiquePrésente de façon synthétique les intrants, les activités, les extrants et les résultats. Utile comme résumé, il n’explique pas à lui seul pourquoi, ni dans quelles conditions, une étape mène à la suivante.
Plan stratégiqueDétermine les choix et les priorités de l’organisme. La théorie du changement peut l’éclairer, mais elle ne le remplace pas.
Rapport d’impactCommunique ce qui a été observé et appris. La théorie indique ce qu’il faut observer.
ÉvaluationExamine, avec une méthode rigoureuse, ce qui s’est passé et pourquoi. La théorie fournit le cadre à mettre à l’épreuve.
Six autres exemples fictifs
Employabilité jeunesse
QuestionRéponse illustrative
À qui?Jeunes et employeurs
Impact?Accès à un emploi convenable et durable
Quels changements préalables?Apprentissage, puis démarches autonomes, puis insertion et maintien
Quelles activités?Ateliers et mentorat
Hypothèses décisives?Postes accessibles et absence de discrimination
Comment observer?Évolution des compétences, suivi à 3 et à 6 mois
Limite importante?Un emploi trouvé ne renseigne pas sur sa qualité
À éviterNos ateliers ont permis aux jeunes de se trouver un emploi.
Plus prudentParmi les jeunes joints à six mois, [nombre sur nombre] déclarent occuper un emploi convenable. Nous examinons aussi l’influence du marché de l’emploi.
Isolement des aînés
QuestionRéponse illustrative
À qui?Aînés vivant seuls et bénévoles
Impact?Moins d’isolement subi et meilleure qualité de vie
Quels changements préalables?Confiance, puis contacts plus fréquents, puis réseau élargi
Quelles activités?Visites et appels de bénévoles
Hypothèses décisives?Bénévoles stables et jumelage réussi
Comment observer?Perception de solitude, contacts choisis, suivi à six mois
Limite importante?Le nombre de visites ne dit rien du sentiment d’être moins seul
À éviterChaque visite réduit l’isolement.
Plus prudentNous réalisons des visites (extrant). Nous cherchons à comprendre si les aînés joints se sentent moins seuls et ont plus de contacts choisis.
Défense des droits
QuestionRéponse illustrative
À qui?Locataires et décideurs
Impact?Meilleure protection effective des droits
Quels changements préalables?Mobilisation, puis attention, puis décision, puis application
Quelles activités?Plaidoyer et recherche
Hypothèses décisives?Fenêtre politique favorable et alliés
Comment observer?Jalons de politiques et mise en œuvre
Limite importante?On n’attribue pas l’adoption d’une loi à un seul organisme
À éviterNotre campagne a fait adopter la loi.
Plus prudentNotre campagne a contribué, avec d’autres acteurs, à placer l’enjeu à l’agenda. Voici les jalons observés.
Fondation
QuestionRéponse illustrative
À qui?Organismes partenaires et populations
Impact?Renforcement des transformations portées par les partenaires
Quels changements préalables?Financement flexible, puis capacité, puis résultats
Quelles activités?Subventions et soutien
Hypothèses décisives?Autonomie des partenaires
Comment observer?Qualité du partenariat, capacité, résultats partagés
Limite importante?Ne pas s’approprier les résultats des partenaires
À éviterGrâce à nos subventions, [nombre] personnes ont été aidées.
Plus prudentNos partenaires rapportent avoir joint [nombre] personnes. Notre contribution est le financement et le soutien, qui ont pu renforcer leur capacité.
Organisme multiservice
QuestionRéponse illustrative
À qui?Publics distincts selon les programmes
Impact?Améliorations différenciées et durables
Quels changements préalables?Une sous-chaîne par service, plus la coordination
Quelles activités?Services et références
Hypothèses décisives?Continuité des services
Comment observer?Indicateurs par programme et indicateurs transversaux
Limite importante?Éviter un indicateur général qui masque les différences
À éviterNotre indicateur global de satisfaction prouve notre efficacité.
Plus prudentNous suivons des résultats propres à chaque service, et quelques indicateurs transversaux sur la coordination.
Concertation territoriale
QuestionRéponse illustrative
À qui?Groupes et organismes du territoire
Impact?Nouvelles pratiques collectives
Quels changements préalables?Confiance, puis coordination, puis décisions, puis changement
Quelles activités?Tables de concertation et projets communs
Hypothèses décisives?Pouvoir réparti et participation réelle
Comment observer?Décisions mises en œuvre
Limite importante?Des réunions tenues ne signifient pas un impact systémique
À éviterNous avons tenu douze rencontres, donc le territoire se transforme.
Plus prudentLes rencontres sont un extrant. Nous observons si des décisions communes sont prises, puis appliquées.

Ces exemples sont fictifs. Ils illustrent un raisonnement et ne constituent pas des preuves de résultats observés.

Douze étapes, en quatre phases

Pour toute affirmation, indiquez « observé », « documenté », « hypothèse » ou « inconnu », et précisez la source et la date lorsqu’elles existent.

1

Cadrer

Savoir de quoi, de qui et pour qui l’on parle

1Délimiter la démarche
Question directrice
Quel programme, quelle population, quel territoire et quel horizon temporel sont concernés?
Exemple fictif
Banque alimentaire fictive Le Garde-Manger du Coin, ménages à faible revenu d’un quartier fictif, horizon de 3 ans.
Formulation à éviter
Nous voulons améliorer le monde.
Critère de réussite
Un périmètre précis est documenté. Une personne extérieure comprend ce qui est inclus et ce qui est exclu.
2Analyser le problème et ses causes
Question directrice
Quelle situation est vécue, par qui, dans quelles conditions? Quelles sources l’attestent?
Exemple fictif
Plusieurs ménages font face à un revenu trop faible devant le prix du logement et des aliments, à un transport difficile et à peu d’options adaptées à leurs besoins. Ces causes restent à vérifier localement.
Formulation à éviter
Le problème est que nos ateliers sont insuffisants.
Critère de réussite
Les besoins sont distingués des solutions, et les faits des interprétations.
3Identifier et consulter les personnes concernées
Question directrice
Qui vit le problème, qui est exclu, qui agit, qui détient le pouvoir de décision?
Exemple fictif
Ménages utilisateurs, bénévoles, intervenantes communautaires, épiceries et partenaires de transport. Prévoir une consultation accessible et respectueuse, sans exiger de preuve de pauvreté.
Formulation à éviter
Notre direction connaît déjà leurs besoins.
Critère de réussite
Les voix absentes et le plan de consultation sont nommés.
2

Concevoir la chaîne

Passer de l’impact souhaité aux activités, en expliquant les liens

4Définir l’impact souhaité
Question directrice
Quel changement durable dans la vie des personnes ou dans le système voulons-nous favoriser?
Exemple fictif
Des ménages dont la sécurité alimentaire est plus stable, obtenue dans la dignité et avec du choix.
Formulation à éviter
Offrir 200 heures de formation.
Critère de réussite
La phrase décrit une transformation, une population et un horizon plausible.
5Remonter les changements préalables
Question directrice
Quels résultats à court et à moyen terme doivent précéder l’impact?
Exemple fictif
Accès digne, puis choix et capacité d’agir, puis stabilité.
Formulation à éviter
10 000 paniers remis, donc 10 000 ménages sortis de la faim.
Critère de réussite
Les résultats se distinguent des extrants. Des chemins alternatifs sont possibles.
6Expliquer les mécanismes
Question directrice
Pourquoi l’étape A pourrait-elle entraîner l’étape B? Par quel processus?
Exemple fictif
Les simulations répétées, la rétroaction et le mentorat peuvent améliorer la préparation, les connaissances et le sentiment de capacité.
Formulation à éviter
Les ateliers fonctionnent parce que oui.
Critère de réussite
Chaque flèche majeure a une explication intelligible et vérifiable.
7Associer activités et extrants
Question directrice
Que fait l’organisme, et qu’est-ce que cela produit immédiatement?
Exemple fictif
Activité, accompagnement individualisé. Extrant, six rencontres réalisées. Résultat attendu, démarches plus autonomes.
Formulation à éviter
Les participants ont gagné en confiance parce que nous avons tenu six rencontres.
Critère de réussite
Aucune activité ni quantité livrée n’est présentée comme une preuve de résultat.
3

Mettre à l’épreuve

Chercher ce qui pourrait ne pas fonctionner

8Tester les relations causales
Question directrice
Quels maillons sont fragiles? Quelles autres explications sont possibles?
Exemple fictif
Une amélioration peut aussi venir d’une hausse de revenu, d’une baisse des prix ou d’une autre aide reçue.
Formulation à éviter
Puisqu’un résultat est observé, notre programme l’a causé.
Critère de réussite
Les explications alternatives et le degré d’incertitude sont documentés.
9Documenter les hypothèses et les preuves
Question directrice
Qu’est-ce qui doit être vrai? Quelles données appuient ou contredisent cela?
Exemple fictif
Les ménages se sentent respectés à l’accueil et peuvent choisir ce qui leur convient. Preuve à recueillir auprès des ménages, des bénévoles et des intervenantes.
Formulation à éviter
Tout le monde est reconnaissant de recevoir un panier.
Critère de réussite
Les hypothèses non démontrées restent visibles, avec un plan de vérification.
10Examiner les facteurs externes et les effets inattendus
Question directrice
Qu’est-ce qui échappe à notre contrôle? Qui risque d’être lésé ou laissé de côté?
Exemple fictif
Stigmatisation, dépendance à l’aide, ruptures d’approvisionnement, saisonnalité, épuisement des bénévoles, questions trop intrusives à l’accueil.
Formulation à éviter
Tous les risques sont sous le contrôle de l’équipe.
Critère de réussite
Les risques, les effets négatifs possibles et les réponses prévues sont inscrits.
4

Valider et faire vivre

Corriger avec les personnes concernées, mesurer, réviser

11Valider avec les parties prenantes
Question directrice
Qui doit corriger cette représentation, et comment conserver la trace des divergences?
Exemple fictif
Une rencontre de validation avec des ménages utilisateurs, une avec les bénévoles et une discussion avec les intervenantes communautaires.
Formulation à éviter
Un vote rapide de l’équipe suffit à prouver la théorie.
Critère de réussite
Les corrections, les désaccords, les dates et les limites de la consultation sont conservés.
12Planifier la mesure, l’utilisation et la révision
Question directrice
Quels résultats observer, avec quelles méthodes, par qui, et à quelle date réviser?
Exemple fictif
Comparer des autoévaluations de début et de fin avec des entretiens. Rapporter les effectifs de réponse et les limites. Revoir la théorie chaque année.
Formulation à éviter
Le nombre de participants démontre notre impact.
Critère de réussite
Une matrice de suivi proportionnée et une décision de révision sont définies.
Dix pièges courants
PiègePourquoi c’est un problème
Des cases et des flèches sans explicationUn schéma sans mécanismes ressemble à une théorie, mais n’en est pas une.
Confondre extrant et résultatCompter des séances, des ateliers ou des participants ne dit rien du changement vécu.
Un impact qui décrit nos activitésSi la phrase commence par « offrir », « organiser » ou « former », elle décrit probablement une activité.
Sauter des étapesPasser d’un panier remis à une sécurité alimentaire durable en une seule flèche cache les conditions intermédiaires.
Ignorer le contexte et les autres acteursLe marché, les politiques publiques et les partenaires influencent les résultats. Il faut les nommer.
Construire sans les personnes concernéesUne théorie écrite en vase clos reflète les croyances de l’équipe, pas la réalité vécue.
Masquer les désaccords par un consensusLes divergences sont une information précieuse. Inscrivez-les dans le registre.
Tout vouloir mesurerDeux à cinq résultats décisifs, bien suivis, valent mieux que trente indicateurs ignorés.
Promettre ce que l’on ne contrôle pasMieux vaut dire « nous pensons contribuer à » que « nous garantissons ».
La ranger dans un tiroirUne théorie qui n’est jamais révisée devient une fiction. Planifiez la révision dès le départ.
Douze vérifications avant de prendre acte
CritèreCe qui est vérifié
Périmètre précisLe programme, la population, le territoire et l’horizon sont écrits.
Situation et causes documentéesChaque constat porte une source ou la mention « hypothèse » ou « inconnu ».
Personnes concernées consultéesLes voix consultées et les voix absentes sont nommées.
Impact formulé en changementLa phrase décrit une transformation, une population et un horizon.
Résultats distincts des extrantsLes résultats à court et à moyen terme se distinguent de ce que l’on livre.
Mécanismes expliqués par lienChaque flèche majeure renvoie à une explication.
Activités et extrants distinguésAucune quantité livrée n’est présentée comme un résultat.
Explications alternatives examinéesD’autres causes possibles des mêmes résultats sont inscrites.
Hypothèses et preuves visiblesLes hypothèses non démontrées portent un plan de vérification.
Risques et effets inattendusLes facteurs externes, les effets négatifs possibles et les réponses sont inscrits.
Validation tracéeLes corrections, les désaccords et les dates sont conservés.
Mesure et révision planifiéesDes indicateurs proportionnés et une date de révision sont fixés.
Animer l’atelier et consulter
FormatDurée indicativeCe qu’il produit
Découverte90 minutesUn premier brouillon, non validé, pour lancer la conversation.
Structuré3 heuresLa chaîne, les mécanismes et une liste de vérifications à faire.
ApprofondiDeux rencontres de 3 heures, plus une consultationUne version documentée et un plan de validation.

Avant la rencontre

  • Définir qui décide, qui anime et qui prend des notes, et convenir du périmètre.
  • Inviter des personnes directement concernées et des partenaires. Prévoir des modalités accessibles, un droit de retrait et une compensation appropriée.
  • Proposer trois questions de préparation. Quel changement compte? Quels obstacles persistent? Qu’ignore-t-on?
  • Prévoir du temps pour les désaccords, et ne pas demander de témoignages sensibles en groupe.

Qui inviter

  • Des personnes directement concernées par le problème, rejointes ou non par vos services.
  • Des membres de l’équipe de terrain, qui connaissent les réalités du quotidien.
  • La direction et au moins une personne du conseil d’administration.
  • Des partenaires et d’autres acteurs qui contribuent au même changement.
  • Une personne qui anime et pose des questions critiques, de préférence extérieure à l’équipe.

Un atelier de 180 minutes

MinutesActivitéQuestion cléTrace à conserver
0 à 20Accueil et cadreQui doit pouvoir corriger notre regard?Règles et périmètre
20 à 45Problème et publicsQue sait-on, et de quelle source?Causes et inconnues
45 à 80Impact et préconditionsQue doit-il changer avant?Résultats
80 à 110Activités et mécanismesPourquoi A pourrait-il conduire à B?Liens expliqués
110 à 140Hypothèses et scénarios alternatifsQu’est-ce qui ferait échouer la chaîne?Hypothèses et risques
140 à 165Validation critiqueQuelles voix manquent?Liste de consultations
165 à 180Décisions et suiteQui fait quoi, et quand?Plan d’actions

Règles de la rencontre

  • Chaque voix compte, y compris celle de la personne qui doute.
  • On parle de ce que l’on sait, de ce que l’on croit et de ce que l’on ignore, sans les mélanger.
  • On ne demande à personne de livrer un témoignage sensible devant le groupe.
  • Un désaccord est une information, pas un problème à régler à tout prix.
  • Ce qui est dit dans la salle est consigné sans attribution nominative, sauf accord.

Matériel

  • Le canevas imprimé en grand format (ou un tableau blanc) et des papillons adhésifs de trois couleurs, pour les résultats, les hypothèses et les risques.
  • Une version du cahier de travail pour la personne qui prend des notes.
  • Une minuterie visible, une pause à mi-parcours, des collations et un espace accessible.

Questions de validation

  • Quel élément de la chaîne semble irréaliste pour les personnes directement concernées?
  • Qui pourrait subir un effet négatif inattendu?
  • Quelles ressources manquent pour que l’intervention soit accessible?
  • Quelles autres interventions contribuent au même résultat?
  • Quel désaccord devrait apparaître explicitement dans le registre plutôt qu’être masqué par un consensus?

Après la rencontre

Transmettre une synthèse accessible, distinguer le consensus des questions ouvertes, faire confirmer les propos attribués et enregistrer les modifications avec la date et la personne responsable. La consultation ne doit pas être présentée comme représentative sans une méthode d’échantillonnage appropriée.

Mesurer et réviser

Mieux vaut suivre peu de résultats, mais les bons, avec une définition claire et des limites nommées.

Sept décisions

  1. Choisir de deux à cinq résultats décisifs, en indiquant pourquoi ils méritent un suivi.
  2. Définir la question évaluative. Quel changement souhaite-t-on vérifier?
  3. Choisir un indicateur concret, et préciser sa définition, son unité et son dénominateur.
  4. Prévoir une source réaliste et une collecte respectueuse de la vie privée.
  5. Préciser la fréquence, la personne responsable et les groupes inclus ou exclus.
  6. Documenter les biais, les résultats inattendus et les explications alternatives.
  7. Réunir les résultats pour décider quoi conserver, corriger ou abandonner.

Un exemple fictif

RésultatQuestionIndicateur possibleSourceLimites
Accès vécu comme digneLa perception a-t-elle évolué?Réponses à trois courtes questions sur l’accueil et le choixCourte enquête anonyme à la sortieDésirabilité sociale et participation volontaire
Moins de manques de nourritureLes ménages manquent-ils moins souvent de nourriture?Part des ménages déclarant avoir moins souvent manqué de nourriture le dernier moisEntretien court avec consentementMémoire, revenu et prix qui varient indépendamment
Sécurité alimentaire plus stableQuelle est la situation à six mois?Part des ménages joints déclarant une situation plus stable qu’au départSuivi avec consentementPerte de contact et autres aides reçues

Méthodes accessibles

MéthodeUtile pourLimites à nommer
Questionnaire avant et aprèsComparer une perception ou une compétence à deux moments.Autoévaluation, sélection des répondants, effet de la formulation.
Entretien individuel courtComprendre ce qui a changé, et pourquoi, selon la personne.Mémoire des événements, désirabilité sociale, temps requis.
Groupe de discussionFaire émerger des désaccords et des explications partagées.Voix dominantes, confidentialité, représentativité.
Journal ou carnet facultatifSuivre des démarches dans le temps, à l’initiative de la personne.Participation inégale, charge pour les personnes.
Suivi à trois et à six moisObserver la situation après la fin de l’accompagnement.Attrition, consentement, influence du contexte.
Analyse de données existantesÉviter de refaire de la collecte. Utiliser des registres ou des statistiques publiques.Qualité, comparabilité, délais.

Réviser la théorie

Lors d’une rencontre périodique, comparez les résultats attendus et observés, examinez les différences entre les publics lorsque c’est approprié, repérez les hypothèses fragilisées, consignez les alternatives et datez les changements de version. Une version mise à jour ne doit pas effacer l’historique des décisions.

  • Une fois par année, au minimum.
  • Après un changement majeur du contexte (financement, politiques publiques, partenaires, population).
  • Lorsqu’une hypothèse critique est contredite par des données ou par les personnes concernées.
  • Avant de renouveler un plan stratégique ou une demande de financement importante.
Présenter la théorie à l’instance et aux bailleurs de fonds
RubriqueQuestion à traiter
Décision demandéePrendre acte de la version [date], ou la valider à titre provisoire.
Situation et publicQui est concerné, et quel problème est visé?
Impact recherchéQuel changement, pour qui, et à quel horizon?
Logique proposéeActivités, résultats et impact, avec les mécanismes.
Hypothèses critiquesLesquelles, et quelles preuves sont disponibles?
Limites et partenairesFacteurs externes, voix consultées, limites de la démarche.
Prochain bilanPersonne responsable, indicateurs, date.

Ne confondez pas l’approbation d’une théorie et la preuve de son efficacité.

Précautions de communication

  • Indiquez les sources, les dates, les effectifs et les dénominateurs des résultats observés.
  • N’inventez ni témoignages, ni taux de réussite, ni retombées chiffrées.
  • Documentez l’effet des partenaires et les explications alternatives.
  • Nommez ce que vous ne savez pas encore, sans le cacher derrière un vocabulaire d’impact.
Questions fréquentes
Faut-il une expertise en évaluation pour commencer?

Non. Les outils sont conçus pour être utilisés sans expérience préalable. Une première version, honnête et imparfaite, vaut mieux qu’aucune version. Une aide spécialisée devient utile lorsque les enjeux sont complexes, sensibles ou lorsqu’une preuve causale solide est exigée.

Par où commencer si nous avons peu de temps?

Par l’atelier « découverte » de 90 minutes. Il produit un premier brouillon, clairement identifié comme non validé. Vous pourrez ensuite approfondir les étapes les plus fragiles, une à la fois.

Qui devrait participer à la démarche?

Des personnes directement concernées par le problème, l’équipe de terrain, la direction, une personne du conseil d’administration et des partenaires. Prévoyez des modalités accessibles, un droit de retrait et, lorsque c’est possible, une compensation.

Faut-il commencer par la théorie du changement ou par le plan stratégique?

L’un ou l’autre, selon votre situation. La théorie du changement clarifie le pourquoi et le comment du changement recherché, et elle peut nourrir la mission, les priorités et les indicateurs d’un plan stratégique. Si vous planifiez, consultez aussi la page Planification stratégique.

Les bailleurs de fonds l’exigent-ils?

Plusieurs bailleurs demandent une logique d’intervention, des résultats attendus ou des indicateurs, mais les exigences varient. Vérifiez toujours les consignes du bailleur concerné. Une théorie du changement honnête vous aide à répondre avec cohérence.

Et la protection des renseignements personnels?

Recueillez seulement ce dont vous avez besoin. Les registres du classeur ne sont pas conçus pour contenir des dossiers individuels de personnes desservies. Si vous recueillez des renseignements personnels, appliquez les règles de protection qui s’imposent à votre organisme, dont la Loi 25 au Québec.

À quelle fréquence faut-il la réviser?

Au minimum une fois par année, et après tout changement majeur du contexte. Une version révisée conserve l’historique des décisions précédentes.

Une fondation subventionnaire peut-elle l’utiliser?

Oui. Voyez l’exemple « Fondation » plus haut. La théorie porte alors sur la manière dont le financement et le soutien peuvent renforcer les partenaires, sans s’approprier leurs résultats.

Lexique
TermeDéfinition
Théorie du changementExplication structurée de la manière dont une intervention pourrait contribuer à des transformations souhaitées, et dans quelles conditions.
MécanismeLa raison pour laquelle une étape pourrait entraîner la suivante.
Hypothèse (assumption)Ce qui doit être vrai pour que le lien tienne, et qui n’est pas encore démontré.
ContributionLe fait qu’une action ait pu participer à un résultat, parmi d’autres facteurs et d’autres acteurs.
AttributionLe fait d’établir qu’un résultat est dû à une action précise. Elle exige une méthode adaptée.
Parties prenantes (stakeholders)Les personnes et les groupes touchés par l’action ou capables d’influencer ses résultats.
IndicateurUn signal concret, défini avec son unité et son dénominateur, qui permet d’observer un résultat.
DénominateurL’ensemble de référence auquel on rapporte un nombre, par exemple toutes les personnes jointes.
Analyse de contribution (contribution analysis)Méthode structurée pour juger de la plausibilité de la contribution d’une intervention à des résultats observés, en examinant les autres explications.
Sources consultées

Pour aller plus loin

Planification stratégique

La théorie du changement éclaire la stratégie. Planifiez ensuite les priorités de l’organisme.

Consulter →

Politique d’intelligence artificielle

Encadrez l’usage de l’IA dans votre organisme, notamment pour l’analyse de données sensibles.

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Lexique et repères

Les termes du métier, en français et en anglais.

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