Ressources · Le métier
Lobbyisme et organismes à but non lucratif.
Ce qui est du lobbyisme, ce qui n'en est pas, et pourquoi Ottawa et Québec ne jouent pas du tout par les mêmes règles.
En bref
L'essentiel en quatre phrases
- Le lobbyisme (lobbying), c'est tenter d'influencer une décision publique, comme une loi, un règlement, un programme ou une subvention, en communiquant avec un titulaire d'une charge publique. C'est légal et légitime, mais encadré par des registres publics.
- À Ottawa, depuis le 19 janvier 2026, un organisme doit s'inscrire dès que le temps de tous ses talents consacré à ces communications atteint 8 heures sur 4 semaines consécutives. La préparation compte.
- À Québec, la plupart des OBNL et des OBE ne sont pas visés par la loi. Le sont seulement les OBNL à fins patronales, syndicales ou professionnelles, ou dont les membres sont majoritairement des entreprises à but lucratif.
- Le temps passé à préparer une demande de subvention fédérale peut compter dans vos 8 heures. À Québec, remplir une demande de subvention n'est pas du lobbyisme.
Les bases
Qu'est-ce que le lobbyisme, et qu'est-ce qui n'en est pas?
Il y a lobbyisme quand une personne communique, de vive voix ou par écrit, avec un décideur public dans le but d'influencer une décision. Les sujets visés sont surtout les lois et les règlements, les politiques et les programmes, et l'octroi de subventions ou d'autres avantages financiers. Au Québec, la loi couvre aussi les contrats, les permis et les nominations. Les décideurs visés sont les élus, leurs cabinets et les hauts fonctionnaires, à Ottawa comme à Québec, et au Québec aussi le monde municipal.
Ce qui est du lobbyisme
- Écrire à un ministre, à un député ou à un haut fonctionnaire, ou les rencontrer, pour proposer, modifier ou contester une loi, un règlement ou un programme.
- À Ottawa, préparer ces communications, par exemple rédiger la lettre, monter le dossier de breffage ou se préparer à la rencontre.
- À Ottawa, lancer une campagne qui invite le public à écrire aux élus sur ces sujets.
- Plaider pour obtenir une subvention ou une contribution. À Ottawa, cela inclut le temps de préparation de la demande.
Ce qui n'en est pas, en général
- Poser une question sur l'application d'une loi ou d'un programme existant, ou demander de l'information.
- Présenter un mémoire ou témoigner devant un comité parlementaire (Ottawa) ou une commission publique (Québec).
- À Québec, remplir le formulaire d'une demande de subvention et fournir les documents exigés.
- À Ottawa, parler de l'octroi d'un contrat. Pour un organisme, ce sujet n'est pas visé.
- À Ottawa, le temps de déplacement, le travail purement administratif et le travail des bénévoles non rémunérés.
Les exclusions varient d'un régime à l'autre. Les mentions entre parenthèses indiquent où la règle s'applique, et les sections suivantes détaillent chaque régime.
Ottawa
Au fédéral, ce sont les heures de travail qui déclenchent l'obligation
La Loi sur le lobbying s'applique à tout organisme sans but lucratif, y compris les organismes de bienfaisance, dont les talents communiquent avec des titulaires d'une charge publique fédérale sur les sujets visés. Depuis le 19 janvier 2026, le Commissariat au lobbying du Canada interprète l'expression « partie importante des fonctions » comme 8 heures ou plus, cumulées par l'ensemble des talents de l'organisme, sur toute période de 4 semaines consécutives. Il a abandonné l'ancienne règle des 20 %, soit environ 32 heures par mois (bulletin d'interprétation du 16 juillet 2025).
1 · Compter
Additionnez le temps de tous les talents sur 4 semaines consécutives, soit les rencontres, la préparation, la rédaction et les appels au public.
2 · Franchir le seuil
À 8 heures, le lobbyisme est réputé une partie importante des fonctions. L'obligation d'inscription naît ce jour-là.
3 · S'inscrire
Le plus haut dirigeant rémunéré inscrit l'organisme au Registre des lobbyistes dans les 2 mois et nomme les talents concernés.
4 · Déclarer
Chaque mois, un rapport sur les communications orales planifiées avec les titulaires désignés, au plus tard 15 jours après la fin du mois.
- Les décideurs visés. Tous les titulaires d'une charge publique fédérale comptent pour le seuil. Les rapports mensuels visent les titulaires désignés, soit notamment les ministres et leurs cabinets, les députés, les sénateurs et les sous-ministres.
- Les subventions. L'octroi de subventions, de contributions et d'autres avantages financiers est un sujet visé. Selon AFP Canada, deux talents qui consacrent chacun 4 heures à une demande à Emplois d'été Canada peuvent suffire à atteindre le seuil, sans aucun contact direct avec un fonctionnaire.
- Les bénévoles et les administrateurs. Le temps de bénévoles non rémunérés ne compte pas. Selon Future of Good, un administrateur rémunéré au-delà de ses dépenses peut être considéré comme un lobbyiste-conseil.
- Les consultants. Si vous mandatez un consultant ou une firme pour lobbyer en votre nom, cette personne s'inscrit elle-même, dans les 10 jours suivant l'entente. Le changement de seuil ne la touche pas.
- Les anciens titulaires. Un ancien titulaire d'une charge publique désignée est visé par une interdiction de lobbyer de cinq ans. Pour un organisme sans but lucratif, Gowling WLG indique qu'elle vise aussi le lobbyisme à l'interne, sans exception. À considérer avant d'embaucher un ancien.
- Les sanctions. Le manquement à la loi expose à des amendes, à une peine d'emprisonnement et à une interdiction de lobbyer.
Un exemple. Pendant une même période de 4 semaines, deux talents consacrent chacun 4 heures à une demande de financement fédérale. Cela fait 8 heures. L'organisme a alors deux mois pour s'inscrire, même si personne n'a jamais parlé à un fonctionnaire. Une seule personne qui y consacre une journée complète produit le même résultat.
Québec
À Québec, la nature de l'organisme décide, et la plupart des OBNL et des OBE ne sont pas visés
La Loi sur la transparence et l'éthique en matière de lobbyisme distingue trois sortes de lobbyistes. Le lobbyiste-conseil est payé pour lobbyer au nom d'autrui. Le lobbyiste d'entreprise travaille pour une entreprise à but lucratif. Le lobbyiste d'organisation travaille pour un groupement à but non lucratif. Mais le Règlement relatif au champ d'application écarte les personnes qui lobbyent pour un groupement à but non lucratif « qui n'est ni constitué à des fins patronales, syndicales ou professionnelles, ni formé de membres dont la majorité sont des entreprises à but lucratif ou des représentants de telles entreprises ».
Une fondation, un organisme communautaire, un organisme culturel ou une fondation hospitalière qui défend sa cause auprès du gouvernement du Québec n'a donc, en général, rien à inscrire. Pour la majorité des OBNL et des OBE, ce n'est pas une zone grise, c'est la règle.
Les OBNL à mission sociale
Organismes communautaires, fondations, organismes culturels, de santé, d'éducation, d'environnement ou de bienfaisance. Les universités, les collèges, les établissements d'enseignement et les établissements de santé et de services sociaux sont aussi exclus par le règlement.
Les OBNL à fins patronales, syndicales ou professionnelles
Regroupements d'employeurs, syndicats, ordres professionnels (automatiquement visés) et associations professionnelles, s'ils négocient pour leurs membres, offrent des services professionnels, défendent des droits ou interpellent les pouvoirs publics sur des enjeux de leurs membres. Sont aussi visés les OBNL dont les membres sont majoritairement des entreprises à but lucratif.
Un regroupement qui défend aussi des intérêts d'affaires
Une chambre de commerce, un regroupement sectoriel ou une coalition peut tomber d'un côté ou de l'autre selon sa composition et ses activités. Le tableau de Lobbyisme Québec prévoit lui-même qu'une analyse plus approfondie peut être nécessaire.
Si votre organisme est visé
- Le seuil. Le lobbyisme doit être une « partie importante » des fonctions d'une personne, notion que la loi ne définit pas. L'avis 2005-07 du Commissaire, que Lobbyisme Québec cite encore, retient plus de douze jours de travail par exercice financier, préparation et suivi compris. Une activité exercée par un administrateur ou un cadre, ou qui permet de réaliser un projet majeur, peut aussi suffire.
- Qui inscrit. Le plus haut dirigeant, ou son mandataire, au registre de Lobbyisme Québec.
- Les délais. 60 jours pour l'inscription d'un lobbyiste d'organisation, 30 jours pour un nouveau mandat ou une modification.
- Les consultants. Une firme ou un consultant payé pour lobbyer pour vous doit s'inscrire dans tous les cas, même si votre organisme n'est pas visé. La loi interdit aussi de le payer selon le résultat obtenu ou à même une subvention ou un prêt du gouvernement.
- Les subventions. Remplir une demande de subvention et fournir les documents requis n'est pas du lobbyisme. Plaider auprès d'un élu ou d'un décideur pour obtenir la subvention, en revanche, peut l'être pour un organisme visé.
- Les sanctions. Amendes et mesures disciplinaires, dont une interdiction de lobbyer, prononcées par le Commissaire.
Comparer
Ottawa et Québec, côte à côte
Au fédéral, c'est le temps de travail qui déclenche l'obligation. Au Québec, c'est la nature de l'organisme.
| Canada (fédéral) | Québec | |
|---|---|---|
| La loi | Loi sur le lobbying | Loi sur la transparence et l'éthique en matière de lobbyisme |
| Qui surveille | Commissariat au lobbying du Canada (commissaire Nancy Bélanger) | Lobbyisme Québec (Commissaire au lobbyisme) |
| Décideurs visés | Titulaires d'une charge publique fédérale | Élus, cabinets et fonctionnaires du Québec, et monde municipal |
| OBNL et OBE visés? | Oui, dès que le seuil est atteint | Non pour la plupart. Seuls les OBNL patronaux, syndicaux, professionnels ou à majorité d'entreprises à but lucratif |
| Seuil | 8 heures cumulées par tous les talents sur 4 semaines consécutives | « Partie importante » non définie par la loi. Selon l'avis 2005-07, plus de 12 jours de travail par exercice |
| Qui inscrit | Le plus haut dirigeant rémunéré | Le plus haut dirigeant ou son mandataire |
| Délai d'inscription | 2 mois après avoir franchi le seuil (10 jours pour un consultant) | 60 jours (30 jours pour un consultant) |
| Demande de subvention | Le temps de préparation peut compter | Remplir la demande et fournir les documents requis n'est pas du lobbyisme |
| Campagne auprès du public | Compte, si elle invite à contacter les décideurs sur un sujet visé | Les communications indirectes ne sont pas visées actuellement |
| Après l'inscription | Rapport mensuel des communications orales planifiées avec les titulaires désignés, dans les 15 jours | Déclaration des mandats et des activités, à mettre à jour dans les 30 jours |
| Sanctions | Amendes prévues, emprisonnement possible, interdiction de lobbyer | Amendes et mesures disciplinaires |
| Réforme | Révision de la loi. Recommandations du Commissaire en mars 2026 | Rapport du Commissaire déposé le 26 mai 2026 |
Pour un organisme actif dans plusieurs provinces, d'autres registres peuvent s'ajouter, car plusieurs provinces ont le leur. Ce tableau résume les règles, il ne les remplace pas.
Ce qui s'en vient
Deux régimes en mouvement
Les deux régimes sont en révision, et dans des directions opposées pour les organismes. À Ottawa, la commissaire a déjà durci l'interprétation et propose d'aller plus loin tout en allégeant le cas des subventions courantes. À Québec, le Commissaire propose d'élargir le champ aux OBNL, alors qu'une coalition d'organismes réclame l'inverse. À ma connaissance, aucune de ces propositions n'était devenue loi en octobre 2026.
À Ottawa
- Le Parlement doit réviser la loi tous les cinq ans, mais la dernière révision datait de 2012.
- En mars 2026, la commissaire a recommandé que l'inscription devienne la règle par défaut pour les organismes qui emploient des lobbyistes, sans seuil (recommandation 1).
- Elle recommande aussi d'exclure les communications sur les subventions inférieures à un seuil monétaire, octroyées par un processus établi et transparent ou selon un modèle de financement de fonctionnement récurrent (recommandation 4).
- Imagine Canada, dans son mémoire du 16 mars 2026, demande plutôt de ramener le seuil autour de 32 heures par période de 4 semaines et un allègement pour les petits organismes.
- AFP Canada appuie la transparence, mais craint que le suivi détourne des ressources de la mission.
À Québec
- À la suite d'une motion unanime de l'Assemblée nationale (17 février 2026) et d'une recommandation de la commission Gallant, le Commissaire a déposé le 26 mai 2026 le rapport Le devoir d'agir pour la transparence et l'intégrité.
- Il propose de remplacer « lobbyisme » par « représentation d'intérêts », d'abolir le critère de la « partie importante » et d'élargir le champ aux OBNL et aux communications indirectes.
- Il propose aussi une déclaration dans un délai maximal de 10 jours, des exceptions pour le « dialogue citoyen » et pour les contrats de moins de 25 000 $, et des pénalités administratives.
- Plus de 107 OBNL, réunis notamment autour d'ATTAC-Québec et de la coalition « Mon OSBL n'est pas un lobby », demandent au contraire une exemption claire pour les organismes d'intérêt public (26 février 2026).
À ne pas confondre
Lobbyisme, activités politiques et autres registres
- Les activités politiques des OBE. Depuis 2018, un organisme de bienfaisance enregistré peut mener, sans plafond, des activités de dialogue et d'élaboration de politiques publiques si elles servent ses fins de bienfaisance. Il lui est interdit d'appuyer ou de combattre un parti ou un candidat. Cette règle de l'ARC est distincte du registre du lobbyisme. On peut respecter l'une et devoir s'inscrire au titre de l'autre.
- Défendre sa cause est légitime. La commissaire fédérale elle-même rappelle que le lobbyisme est une activité légitime. L'inscription sert la transparence, elle ne présume d'aucune faute.
- Ailleurs au pays. Si vous faites des représentations auprès d'un gouvernement provincial hors Québec ou d'une municipalité d'une autre province, vérifiez le registre local, car plusieurs provinces ont leurs propres règles.
Passer à l'action
Cinq gestes pour être en règle
Des gestes simples, qui ne coûtent presque rien et qui valent pour les deux régimes.
- Dressez la carte de vos contactsQui, chez vous, parle à quel gouvernement, de quoi et pourquoi? N'oubliez pas les demandes de financement fédérales.
- Tenez un registre du tempsNotez les heures de préparation et de communication par sujet et par semaine. C'est ce qui prouve que vous êtes sous le seuil, ou qui montre que vous l'avez franchi.
- Désignez la personne responsableLa responsabilité d'inscrire l'organisme revient au plus haut dirigeant. Faites-en un point régulier de sa feuille de route.
- Fixez un seuil d'alerte interneUne alerte à 6 heures sur 4 semaines, par exemple, laisse le temps de réagir avant d'atteindre les 8 heures.
- Au Québec, vérifiez votre casConsultez le tableau « OBNL visés ou non » de Lobbyisme Québec. En cas de doute, posez la question au Commissaire avant d'agir.
Un webinaire gratuit de 12 h à 13 h (HE) avec la commissaire Nancy Bélanger sur le nouveau seuil et ses effets sur les OBNL. Inscription préalable obligatoire.
Sources et méthode
D'où viennent ces informations
- Significant part of duties registration threshold for organizations and corporations Commissariat au lobbying du Canada. Seuil de 8 heures, activités comptées, dirigeant responsable, délai de deux mois.
- Commissioner of Lobbying issues new interpretation bulletin lowering the registration threshold for organizations and corporations Communiqué du 16 juillet 2025 et date d'entrée en vigueur du 19 janvier 2026.
- Statutory review of the Lobbying Act: recommendations (March 2026) Recommandations 1, 3, 4 et 12 du Commissaire.
- Frequently asked questions (Commissariat au lobbying du Canada) Exemptions prévues par la loi, délais, rapports mensuels et titulaires désignés. Cette page renvoie encore à l'ancienne règle des 20 %.
- Évolution des directives en matière de lobbying et leur impact sur les organisations à but non lucratif AFP Canada. Effets pour les OBNL, exemple de demande de subvention, webinaire.
- Changes to Lobbying Guidelines and Their Impact on Nonprofits AFP Canada. Version anglaise du même article.
- More non-profits and organizations must register as lobbyists under stricter federal rules Future of Good. Bénévoles, administrateurs rémunérés, ce qui ne compte pas.
- New registration thresholds for in-house lobbyists, incoming stricter federal requirements BLG. Sujets visés, sanctions.
- Commissioner of Lobbying issues new guidance requirements Gowling WLG. Interdiction de cinq ans pour les anciens titulaires.
- Submission to the Standing Committee on Access to Information, Privacy and Ethics Imagine Canada, 16 mars 2026. Position sur le seuil et recommandations.
- Le lobbyisme dans certains organismes à but non lucratif Lobbyisme Québec. Les quatre catégories d'OBNL visés.
- Organismes à but non lucratif visés ou non Lobbyisme Québec. Tableau synoptique pour savoir si un OBNL est visé.
- Règlement relatif au champ d'application de la Loi sur la transparence et l'éthique en matière de lobbyisme LégisQuébec. Texte de l'exclusion des OBNL sans fins patronales, syndicales ou professionnelles.
- Loi sur la transparence et l'éthique en matière de lobbyisme LégisQuébec. Types de lobbyistes, délais d'inscription, interdictions pour les lobbyistes-conseils.
- Le lobbyisme et son encadrement Lobbyisme Québec. Sujets visés et activités qui ne sont pas du lobbyisme.
- Comprendre le registre et les obligations légales Lobbyisme Québec. Délais et déclaration pour les lobbyistes d'organisation.
- Avis 2005-07 Lobbyisme Québec. Mesure de la « partie importante » (plus de douze jours de travail).
- Reforming Québec's lobbying regime: overview of the Commissioner's special report and proposed obligations Blakes. Résumé du rapport du 26 mai 2026.
- Communiqué du 26 février 2026 (ATTAC-Québec et coalition) Position des OBNL qui demandent une exemption pour les organismes d'intérêt public.
- Public policy dialogue and development activities by charities Agence du revenu du Canada. Activités politiques des organismes de bienfaisance depuis 2018.
Cette page informe, elle ne constitue pas un avis juridique et ne remplace pas la lecture des lois ni les conseils d'un juriste. Les règles et leur interprétation évoluent, parfois rapidement. Vérifiez votre situation auprès du Commissariat au lobbying du Canada et de Lobbyisme Québec. Information vérifiée en octobre 2026.